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Full text of "Labyrinte de Versailles : suivant la copie à Paris, de l'Imprimerie royale, MDCXCIII"

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■ \ f 


LABYRINTE 


VERSAILLES. 


Suivant  la  CoÉ'e 

" à P A R I S, 

DE  L’IMPRIMERIE  ROYALE. 
MDCXCIII. 


DESCRIPTION 

D U 

LABYRINTE 

D E 

VERSAILLES 

Ntre  tous  les  Bocages  du  petit  Parc  de  Verfailles , celuy 
qu  on  nomme  le  Labyrinte , eft  Hir  tout  recommandable  par 
la  nouveauté  du  deflTein  , & par  le  nombre  & la  diverlîté  de 
fes  Fontaines.  Il  eft  nommé  Labyrinte,  parce  qu’il  s’y  trouve 
une  infinité  de  petites  allées  tellement  meflées  les  unes  dans 
les  autres , qu’il  eft  prcfque  impoflîble  de  ne  s’y  pas  égarer  : mais  auflî 
ajfîn  que  ceux  qui  s’y  perdent , puiflent  le  perdre  agréablement , il  n’y  a 
point  de  détour  qui  ne  prelente  plufieurs  Fontaines  enmeline  temps  à la 
veuë , en  Ibrte  qu’a  chaque  pas  on  eft  lurpris  par  quelque  nouvel  objet. 

On  a choifi  pour  fujet  de  ces  Fontaines  une  partie  des  Fables  d’Ælbpe,, 

A 2 8c 


LA  BYRINTE 

& elles  font  fi  naïvement  exprimées  , qu’on  ne  peut  rien  voir  de  plus 
jngenieufement  exécuté.  Les  animaux  de  bronze  colorié  lelon  le  naturel, 
lônt  fi  bien  défignez , qu’ils  femblent  eftre  dans  l’adion  roefme  qu’ils  re- 
prefentçnt , d’autant  plus  que  l’eau  qu’ils  jettent  imite  en  quelque  forte 
la  parole  que  la  Fable  leur  a.  donnée. 

La  differente  difpofition  de  chaque  Fontaine  fait  auflîune  diverfité  tres- 
agréable  ; & les  couleurs  brillantes  de  coquilles  rares  , & de  la  rocaille 
fine  dont  mus  les  baffins  font  ornez  , le  meflent  fi  heureufèment  avec  la 
verdure  des  paliflàdes , qu’on  ne  fe  laffe  jamais  d’admirer  cette  prodi- 
gieufc  quantité  de  Fontaines  qui  lùrprennent  toutes  par  la  fingularité  de 
l’invention , par  lajufte  exprefiion  de  ce  quelles  reprefentent , par  la  beauté 
des  animaux  dont  elles  font  accompagnées  , & par  l’çibondance  l’eau 
qu’ elles  jettent. 

On  a cru  qu’il  eftoit  à propos  de  faire  une  exaéte  defcriptiori  de  diaque 
Fontaine  en  particulier,  pour  accompagner  les  Eft^mpes  qu  on  en  a fait 
faire  \ Sc  afin  défaire  connoiftre  comment  chaque  Fable  eft  fidellemenc 
reprefentée,  on  trouvera  de  fuite  par  ordre  une  cpurte narration  de  la  Fablq 
& une  courte  defcription  de  la  manière  dont  la  Fontaine  eft  difpofêe. 

En  entrant , on  trouve  deux  Figures  de  bronze  peintes  au  naturel , & 
pofées  chacune  fur  un  pied  d'eftal  de  rocaille  : lune  reprefènte  Æfope? 

^ l’autre 


DE  VERSA  ILLES, 

l’autre  T Amour.  Æfope  tient  un  rouleau  de  papier , 8c  montre  l’Amour 
qui  tient  un  peloton  de  fil , comme  pour  faire  coiinoiftre  que  fi  ce  Dieu  en- 
gage les  hommes  dansde  fafcheux  labyrintes,  il  n’a  pas  moins  le  lecret  de 
les  en  tirer  lors  qu’il  eft  accompagné  de  la  fagelTe,  dontÆlbpe  dans  lès 
Fables  enlèigne  le  chemin. 

En  fuite  on  trouve  les  Fontaines  au  nombre  de  quarante  en  l’ordre  qui 
lîiit.  A chacune  de  ces  Fontaines  on  a pratiqué  une  place , où  fin*  unç 
lame  de  bronze  peinte  en  noir  il  y a une  Inlcription  de  quatre  Vers  écrite 
en  Lettres  d’or.  Ces  Vers  faits  par  Monfîenr  de  Benferade  , expliquent  la 
Fable , 8c  en  tirent  la  rnoralité. 


A3  Ex- 

il 


E X P L 


PLAN  DU 

if  Y duLahpmte, 

B I àViQure  d'Elcpe. 

C Vigure  de  l'Amonr. 

1 Le  Duc  & les  Oifeaux, 

2 Les  Cocs  & la  Perdrix^ 

3 Le  Coc  & le  Renard, 

4 Le  Coc  & le  Diamant. 

5 Le  Chat  pendu  &.  les  Rati, 

6 V Aigle  & le  Renard, 
y Les  Paons  & le  Geaj. 

8 Le  Coc  & le  Coc  d'Inde, 

^ Le  Paon  & la  Pie, 
là  Le  serpent  & la  Lime. 

Il  Le  singe  fus  petits. 

Il  Le  Combat  des  Animaux. 

1 1 Le  Renard  & la  Grue. 

La  Grüè  &.  le  Renard. 

1^  La  Poule  & les  Pou  fins. 

Le  Paon  & le  Roffignol.  ‘ 

17  Le  Perroquet  & le  SingCf 
Le  singe  Juge. 


r c A T I O N 

DU 

LABYRINTE. 

19  Le  Rat  & la  Grenouille. 

10  Le  Lièvre  ù la  Tortaë, 
zi  Le  Lcup&  la  Gru'é. 

21  Le  Milan  & les  Oifeaux. 

25  Le  singe  Roy. 

zq.  Le  Renard  & le  Bouc. 

25  Le  ConfeildesRats, 

26  Les  Grenouilles  & Jupiter.' 

27  Le  Singe  & le  Chat. 

28  Le  Renard  & tes  Raijins. 

29  V Aigle  Je  Lapin,  &l'Efcarhst. 

30  Le  Loup  & le  Porc-Epic. 

3 1 Le  Serpent  à plufteurs  Teftes. 

32  L4  Souris  , le  Chatt  & le  petit  Coç, 

33  Le  Milan  & les  Colombes. 

34  Le  Dauphin  & le  Singe. 

3 5 Le  Renard  & le  Corbeau. 

36  Le  Cigne  & la  Grué. 

37  LeLoup&lajefte, 

38  Le  Serpent  & le  Porc-Epic. 

3^  Les  Cannes  & le  Barbet. 


2 • LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

L FABLE. 

Le  Luc  &■  les  Oifeaux. 

N jour  le  Duc  fut  tellement  batu  p’ar  les  Oifeaux,  à caufe  de  fon 
vilain  chaut,  ôc  de  Ion  laid  plumage,  c^uil  na  depuis  oie  le  montier 
que  la  nuit. 

Les  Oifeaux  en  plein  jour  voyant  le  Duc  pareftre. 

Sur  luy  fondirent  tous  à fon  hideux  afpec. 

Quelque  parfait  qu  on  puifTe  eftre, 

Qui  n’a  pas  fon  coup  de  bec  ? 

Z)  N.  ^rand  demy-Vome  de  treillage  orné  â'architeSlure , efl  en  dedans  rempli  de  tou- 
te  forte  dO  il  eaux  perche^  fur  des  Lr  anche  s,  qui  jettent  de  leau  en  mille  manières 
differentes  fur  le  Duc  qui  efl  en  bas  au  milieu  d un  haffin  de  rocaille.  Lies  Oifeaux 
paroijfent  tous  anhne^  de  colere  , ^ le  pauvre  Duc  Jetnble  tout  honteux  de  fa 
disgrâce, 
k 


4 


LABYRINTE  ÜE  VERSAILLES. 

I I.  F A B L E. 

Les  Coqs  la  ^Perdrix, 

X-Tnc  Perdrix  s’affligeoît  fort  d’eftre  batuë  par  des  Coqs  5 mais  ayant 
veû  qu’ils  le  batoient  eux-melmes , elle  fe  conlbla. 

La  Perdrix  bien  batuë  eût  un  de'pit  extrefiTie 
Que  les  Coqs  peu  galands  la  traitaflent  ainfi  : 

Depuis  voyant  qu  entr  eux  ils  en  ufoient  de  mefmcj 
Patience,  dit -elle,  ils  le  bâtent  auflî. 

OTSL  Voit  la  Perdrix  fur  m petit  roder  de  rocaiUe  , qui  jette  de  Veau  en  Vatr  ; & 

aux  deux  cofe^fur  deux  petits  roders  plus  éleve^  deux  Coqs  vomijjent  l eau  dans  un 

bafin» 


6 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES 

II  L FA  B L E. 

Le  Coq  O'  le  ^nard. 

Xj  N Renard  prioit  un  Coq  de  defcendre  pour  fe  réjoûïr  enfemble  de 
la  paix  faite  entre  les  Coqs  & les  Renards.  Volontiers,  dit  le  Coq, 
quand  deux  Lévriers  que  je  voy  qui  en  apportent  la  nouvelle , leront  aru- 
vez  : le  Renard  remit  la  réjoûïirance  à une  autre  fois , & s enfuit. 

Le  Renard  dit  au  Coc , une  paix  éternelle 

Eft  conclue  entre  nous , delcends  : ouï , deux  Lévriers 

Viennent , répond  le  Coq , m en  dire  la  nouvelle  ; 

Le  Renard  n’olà  pas  attendre  les  Couriers. 

L E C»q  fur  un  haut  pillier  de  roedtUe  @ de  -verdure , ymit  de  l'eau  contre  le 
nard,  ^ui  en  bas  de  dépit  jette  de  l eau  contre  le  Qoq, 


8 


labyrinte  de  Versailles. 

IV.  FABLE. 

Le  (j)q  le  T)iamant. 

TT  . 

rV  ^ Diamant,  dit  : J’aimerois mieux  avoir 

ti  Olive  un  grain  d orge.  *'  “«eux  avoir 

Le  Coq  fur  un  fumier  gratoit , lors  qu’à  fes  veux 
Parut  un  Diamant  : helas , dit-il  ! qu’en  faire  ^ 

Moy  qui  ne  fuis  point  Lapidaire, 

Un  grain  d orge  me  convient  mieux. 

milieudmbafm,  Ço^  qm  tient  fous  fa  patte  m ms  mreem  de  cnM 

tfe  ^nVmmant  jettant  un  long  trait  d^eau  en  lair,  femèL  pendre  Jckfî 
n avoir  pas  pluto/î  trouve  un  grain  d'orge,  ''  P ^ 


B 


V. 


10 


LABYRINTE  de  VERSAILLES 


V.  FABLE, 

Le  Chat  pendu  Us  ^ts. 

XJ  N Chat  fe  pendit  par  les  pattes , & failant  le  mort , attrapa  plufieurs 
Rats.  Une  autrefois  il  le  couvrit  de  farine.  Un  vieux  Rat  luydit; 
Quand  tu  ferois  le  fac  à la  farine , je  ne  m’approçherois  pas. 

Un  Chat  faifoit  le  mort , & prit  beaucoup  de  Rats, 

Puis  il  s’enfarina  pour  de'guiler  là  mine  : 

Quand  melinç  tu  ferois  le  fac  à la  farine. 

Dit  un  des  plus  ruiez , je  n approcherois  pas. 

Le  Chat  pendu  furie  haut  d'une  efpéce  d^amortijjêment  de  rocaille , vomit  de  l'ean 
dans  m bafin  j Us  %ÿ.ts  autour  jettent  de  tm  contre  luy , fans  h/er  aborder* 


iZ 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

VL  FABLE. 

UÀigle  le  ^B^nard. 

XJ  Ne  Aigle  mangea  les  petits  d’un  Renard  au  pied  de  Tarbre  où  eftoit 
Ibn  nid,  ne  croyant  pas  qu’ilpuft  s’en  venger  : mais  le  Renard  ayant  trouvé 
un  flambeau  allumé,  mit  le  feu  à l’arbre , & brûla  les  Aiglons. 

Comperes  & voifins  aflez  mal  alTortis, 

A la  tentation  tous  deux  ils  lùccomberent, 

Car  l’Aigle  du  Renard  enleva  les  petits, 

Et  le  Renard  mangea  les  Aiglons  qui  tombèrent. 

vk  tronc  (Parhre  parfaitement  bien  imite , porte  m bajsin  de  bronze  dore , autour 
duquel  font  des  Aidons  : le  ^^nard  au  pied  du  tronc  tient  un  flambeau  allumée  dans  fa 
gueule , @ du  milieu  du  baflin  il  fort  un  jet. 


14  LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

VIL  FABLE. 

Les  Taons  &•  le  Çeay. 

T ^F  Geay  s’eftant  un  jour  paré  des  plumes  de  plufîeurs  Paons , vouloir 
faire  comparailbn  avec  èuk  : chacun  reprit  lès  plumes , 8c  le  Geay  ainfi 
dépouillé  leur  lervit  de  rilée. 

Ofes~tu  bien  cacher  tes  plumes  fous  les  noftres, 

Dirent  les  Paons  au  Geay  rempli  d’ambition  ? 

Qui  s’élève  au  deflus  de  la  condition 

Se  trouve  bien  fouvent  plus  bas  que  tous  les  autres, 

7)  Es  deux  cofte:^  d'un  grand  haf^in  , huit  !Paons  place^  fur  de  petits  rochers  plus 
êle've^  les  uns  que  les  autres  , vomijjent  de  l'eau  fur  le  Geay,  jiu  fond  y fur  m autre 
rocher  plus  éleVe , un  Taon,  la  queue  épanouie , jette  de  l'eau qui  tombe  par  nappes 
en  cafeade  dans  le  l/afin.  Au  milieu  de  toute  cette  cheüte  d'eau  on  Voit  le  pau'pre  Geay 
prefque  tout  dépouîüê. 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES, 

VIII.  FABLE. 

Le  Q)(j^  le  Coq^dLnde. 

U N Coq-dinde  entra  dans  une  cour  en  faifant  la  roue.  Un  Coq  s en 
ofFcnfa , & courut  le  combatre , quoy-qu  il  fuft  entré  fans  deiTein  de  luy 
nuire. 

Du  Cpq-dlnde  le  Coq  fut  jaloux , & crût  bien 
Qu’il  eltoit  Ibn  rival , mais  il  n’en  eftoit  rien  5 
Car  il  failbit  la  roue , & libre , & fans  affaire , 

Pour  avoir  feulement  le  plaifir  de  la  faire. 

Le  Coq  d'Inde  faifant  U me,  & le  Coq  nnimê  de  colere , forment  deux  gros  jets 
m milieu  dm  bafin. 


IX. 


,8  LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

IX.  FABLE. 

Le  T^aon  U L^ie. 

Les  Oifeaux  élurent  le  Paon  pour  leur  Roy , à caufe  de  fa  beauté.  Une 
Pie  s’y  oppofa , & leur  dit  qu’il  falloit  moins  regarder  à la  beauté  qu’il  a^ 
voit , qu’à  la  vertu  qu’il  n’avoit  pas. 

Le  Paon  eft  éleû  Roy  comme  un  fort  bel  Oifeau, 

La  Pie  en  murmure , & s’irrite 
Qu’on  ait  peu  d’égard  au  mérite. 

Eft-il  leur , qu’on  Ibit  bon  parce  que  l’on  eft  beau  ? 

Lufieur s Oifeaux  des  plus  rares  font  place^Jur  un  amphkeatre  de  rocaille , & jet- 
tent  de  ïèau.  Jufond  eft  le  ^aon  jettant  de  l 'eau , qui  tombe  par  nappes  en  cafcade 
dans  le  baftin.  La  Tk  fur  un  petit  rocher  femhk  plaider  fa  caufe , @ jette  de  Peau 
contrele  faon. 


aq  LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

X.  FABLE. 

Le  Dragon^  F Enclume^  U Lime. 

XJ  N Dragon  vouloir  ronger  une  Enclurne.  Une  Lime  luy  dit  : Tu  te 
rompras  plûtoft  les  dents  que  de  rentamer  5 je  puis  moy  leule  avec  les 
miennes  te  ronger  toy-melme , & tout  ce  qui  eft  icy. 

Le  lerpent  rongeoit  la  lime , 

Elle  difoit  cependant, 

Quelle  fureur  vous  anime , 

Vous  qui  paflez  pour  prudent? 

TsLe  espece  de  rocher  fawvage  reprefente  t antre  du  Dragon  y ^ui  mordant  PEnch- 
me»  y omit  dejfus  un  torrent  de  au. 


I^ABYRINTE  DE  VERSAILLES, 


X I.  F A B L E, 

Le  Singe  fes  Let'itf. 

t/N  Singe  trouva  un  jour  un  de  fes  Petits  fi  beau,  qu’il  Fe'toufFa  à 
force  de  rembrafler. 

Le  Singe  fit  mourir  les  petits  en  effet , 

Les  ferrant  dans  lès  bras  d une  ètrainte  maudite, 

A force  d’applaudir  Iby-melme  à ce  qu’on  fait 
L’on  en  étouffe  le  mérité. 

Singes  aiojfe^foùtiement  une  coquiÜe  ronde  de  hron’^edoré  , fur  le  milieu  de 
laquelle  un  Singe  étreint  dans  fus  bras  un  de  fes  fetits  ^ qui  jette  un  long  trait  d'eau 
en  fair. 


14 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

XII.  FABLE. 

Le  Combat  deî  Animaux, 

IwEs  Oifeaux  eurent  guerre  avec  les  Animaux  terreftres.  La  Chauve- 
fouris  croyant  les  Oifeaux  plus  foibles , palTa  du  cofté  de  leurs  ennemis , 
tjiii  perdirent  pourtant  la  bataille.  Elle  n a depuis  ofé  retourner  avec  les 
Oifeaux , Sc  ne  vole  plus  que  la  nuit. 

Guerre  des  deux  coftez  jfànglante  Sc  meurtrière. 

Dont  pas  un  ne  voulut  avoir  le  démenti  ; 

Mais  la  Chauve-Souris  trahilfant  Ibn  parti, 

N’ofà  jamais  depuis  regarder  la  lumière. 

C^Ette  Fontaine  ejî  dans  un  grand  cabinet  de  treillage  de fir  ^ de  bois , couvert  de  chèvre^ 
feuille^  derofes,  ^ autres  fleurs,  lleflorné  d'architeUure  y ^ finit  en  dôme  ouvert  par 
enhaut  y avec  une  petite  baluftrade  autour  de  P ouverture . La  corniche  ^ la  voûte  de  ce 
cabinet  font flieïne  s d' Oifeaux  de  toutes  les  ejpecesy  qui  vomiflent  de  T eau  en  bas  dans  un 
bajdin  de  rocdtlk , du  milieu  duquel  s'élève  un  rocher  5 & le  long  de  ce  rocher  on  voit  monter 
plufieurs  K^lnimaux  à quatre  pieds , qui  jettent  de  l'eau  contre  les  Oifeaux.  fout  au  tour 
du  cabinet , fur  des  rocaillesy  on  voit  encore  d'autres  Animaux  5 ^ dans  quatre  niche  s y il  y en 
a encore  plufieurs  qui  jettent  une  telle  abondance  d'eau  ^ que  celarepre fente  ndivement  une 
guerre.  CMais  ce  qu'il  y a fur  tout  d' admirable  .y  c'eft  le  nombre  infini  d' Animaux  tous  en 
differente  attitude  y ^ les  uns^  les  autres  paroi fent  en  colercy  ^ animez  au  combat. 
Kyd l'entrée  de  ce  cabinet , deux  Singes  plaijamment  montez  fur  des  Qhévres , jettent  par 
furprife  de  l'eaupar  un  cornet  de  bronzesàoré. 

D 


XIII. 


I 

2(5  , LA2YRINTE  DE  VERSAILLES;  j 

XIII.  FABLE, 

Le  Lignard  U Çrüè. 

XJ  N Renard  ayant  invité  une  Grue  à manger , ne  luy  lervit  dans  un 
baflin  fort  plat  que  de  la  bouillie , qu’il  mangea  toute  luy  fèuL 

Le  Renard  voulut  faire  à la  Gruàf  un  feftin , 

Le  difné  fut  fervi  lui*  une  plate  afliéte; 

Il  mangea  tout , chez  luy  comme  ailleurs  le  plus  fin, 

Elle  de  fon  long  bec  attrappa  quelque  miéte. 

SVr  m petit  rocher  de  rocaîUe  on  voit  le  ^nard  la  Grue.  Le  "Renard  a la  mufeau 
fur  une  foücoupe  de  yermeil  doré , où  l'eau  forme  une  nappe , & (a  Grue  fait  un  jet  en 
ïmr^ 


28 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

XIV.  FABLE. 

La  C/rue  le  "Renard. ^ 

I-rf  A Grue  pria  en  lûite  le  Renard , & luy  lèrvit  auflî  de  la  bouillie , mais 
dans  une  bouteille , où  faifànt  entrer  Ion  grand  bec , elle  la  mangea  toute 
feule. 

Le  Renard  chez  la  Grue  alla  pareillement , 

Un  vafè  étroit , & long  fut  mis  lîir  nape  blanche, 

De  la  langue  le  bec  le  vengea  pleinement.  ' 

Eft-il  pas  naturel  de  prendre  là  revanche  ? 

*ycv  m petit  rocher  la  Cicogne  a /on  bec  dans  un  yafe  de  cri  fiai  (jue forme  Peau , ^ 
qui  e/l  garni  de  Vermeil  doré.  Le  ^nard  auprès  jette  de  Peau. 


3^ 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 


XV.  FABLE. 

La  T^oule  &•  les  ^Pou[üns. 

Ne  Poule  voyant  approcher  un  Milan , fit  entrer  les  Petits  dans  une 
cage , & les  garantit  ainfi  de  leur  ennemi. 

La  Poulie  , du  Milan  connoilTant  les  delTeins 
Sans  ^longer  qu’elle-mefme  en  eftoit  pourluivie 
Dans  une  cage  enferma  les  Pouffins 
Et  les  mit  en  prilbn  pour  leur  lauver  la  vie. 

Am  un  demy-Dome  de  treiîldge  orné  d' MchiteSlure , on  "Voit  les  foules  qui  jettent 
de  teau.  Les  fetits  font  enferme^  dans  une  cage  qui  eft  formée  par  (eau  mejme , à 
travers  de  laquelle  on  les  Voit,  Le  Milan  Vomit  de  l'eau  denhaut , où  il  paroijl  les 
ailes  étendues. 


3“ 


LABYRINTE  de  VERSAILLES. 

XVI.  FABLE. 

Le  ’L aon  Cî>  le  TRpj^ignoi. 

iS/  ^ V”  ^ de  n’avoir  pas  le  chant  agréable  comme 

le  Romgnol.  Junon  iuy  dit  : Les  Dieux  partagent  ainfi  leurs  dons  5 il  te 
lurpafle  en  la  douceur  du  chant  ; tu  le  lurpalTes  en  la  beauté  du  plumage.  ' 

Le  Taon  dit  à Junon , par  ton  divin  pouvoir, 

Comme  le  Rolîîgnol  que  n’ay-je  la  voix  belle? 

N’es-tu  pas  des  üifeaux  le  plus  beau , luy  dit-elle  ? 

Crois-tu  que  dans  le  monde  on  puifle  tout  avoir  ? 


£ ? ® , éîe'vi  fur  un  petit  rocher , Vomit  de  l'eau  dans  un  hafsin. 

Tiujmrs  '^ptgnoU  en  bat  forment  des  jets  en  Pair. 


XVIE 


34  LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

X V I L FABLE. 

Le  T^erroquet  le  Singe. 

TJ  N Perroquet  fe  vantoit  de  parler  comme  un  homme.  Et  moy , dit  le 
Singe,  j’imite  toutes  fesadions.  Pour  en  donner  une  marque,  il  mit  la 
chemife  d’un  jeune  Garçon  qui  le  baignoit , & s’y  empeftra  fi  bien , que  le 
Garçon  le  prit',  6c  l’enchailha. 

Le  Perroquet  eut  beau  par  Ion  caquet 
Imiter  l’Homme , il  fut  un  Perroquet; 

Et  s’habillant  en  Homme  , Ibus  le  1 te 
Le  Singe  auflî  ne  pafla  que  pour  Sing 

2)e«x  Perroquets  eleve^  fur  de  petits  rochers  Vomijfent  de  ^*eau  en  has  dans  un  haf. 
fin.  Le  Singe  af?is  fur  un  tronc  d'arbre  ^ defefperè  de  je  yoir  embarafjé  da?is  une 
chemife , leVelatefte  ^ ^ forme  un  gros  jet. 


36  LABYRINTE  DE  VERSAILLES* 

XVIII.  FABLE. 

Le  Singe  fuge. 

U N Loup  & un  Renard  plaidoient  Tun  contre  l’autre  pour  une  affaire 
fort  embrouïlle'e.  Le  Singe  qu’ils  avoient  pris  pour  Juge , les  condamna 
tous  deux  à l’amende , dilànt  qu’il  ne  pouvoir  faire  mal  de  condamner  deux 
fi  méchantes  beftes. 

Le  Renard  en  procès  vint  le  Loup  attaquer  : 

Le  Singe  comme  Juge  écouta  leurs  requeftes  : 

Après  il  dit , je  ne  làurois  manquer 
En  condamnant  deux  fi  méchante  beftes. 

2)’  Ln  cojlé  du  hafiin  font  le$  gnards , de  l'autre  les  Loups , qui  jettent  de  l'eau, 

Ju  fonds,  dans  un  fauteuil  de.  rocaille  y un  gros  Singe  gravement  afSis  y &acoudê. 
Vomit  de  t^eau,  A [es  deux  cojle^  deux  Singes  , l'un  la  baguette  à la  main  en  forme 
d'Huiper,  P autre  écrivant  comme  un  Greffier  ^ jettent  de  l'eau  ^ & rendent  cette 
F ont  aine  fort  diVertiffiante. 


3» 


LABYRINTE  de  VERSAILLES. 


XIX.  FABLE. 

Le  la  Grenouille. 

U Ne  Grenouille  voulant  noyer  un  Rat , luy  propola  de  le  porter  lui* 
fon  dos  par  tout  fon  marelcage.  Elle  lia  une  de  lès  pattes  à celle  du  Rat, 
non  pas  pour  l’empefcher  de  tomber  comme  elle  dilbit,  mais  pour  l’entraiC. 
lier  au  fond  de  Teau.  Un  Milan  voyant  le  Rat , fondit  delTuS)  & Tcnle- 
. vant  enleva  auffi  la  Grenouille , & les  mangea  tous  deux. 

Le  Rat , & la  Grenouille  auprès  d un  marécage 
S’entretenoient  en  leur  langage  : 

Le  Milan  fond  liir  eux 
En  les  mange  tous  deux. 

L E & la  Gremuïtte  lie^  enfemlle , ® couche^  dans  le  hafSin , font  chacun  un 

jet.  Le  Milan , en  haut , les  ailes  étendues , Vomit  de  l'eau  fur  eux. 


40  LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

X X.  F A B L E. 

Le  Lièvre  U Tortue. 

TJ  N Lièvre  s’eftant  moqué  de  la  lenteur  d’une  Tortue , de  dépitelle  le 
défia  à la  courfe.  Le  Lièvre  la  voit  partir , & la  laifle  fi  bien  avancer,  que 

quelques  efForts  qu’il  fift  en  fuite , elle  toucha  le  but  avant  luy. 

Le  Lièvre  & la  Tortue  alloient  pour  leur  profit 
Qui  croiroit  que  le  Lièvre  eu  ft  demeuré  derrière  ? 

Cependant  je  ne  comme  cela  le  fit, 

Mais  enfin  la  Tortue  arriva  la  première. 

Le  LiéWe  & la  Tortue  jettent  tous  deux  de  l'eau  en  ïaîr , ® il  fort  un  torrent  d eau 
d'un  rocher  de  rocaiSe,  ^uifemhle  ejlre  le  terme  de  la  courfe  quHls  ont  entreprife. 


F 


XXI 


LABYRINTE  de  VERSAILLES, 

XXL  FABLE, 

JLe  Loup  la  Çrue. 

IlT N Loup  pria  une  Grue  de  luy  ofter  avec  fbn  bec  un  os  qu  il  avoit 
dans  la  gorge.  Elle  le  fît , & luy  demanda  récompenlè.  N’eft-cc  pas  affez, 
dît  le  Loup,  de  ne  t’avoir  pas  mangée  ? 

La  Grue  ayant  tiré  de  la  gorge  du  Loup 
Un  os  de  fbn  long  bec  qui  le  preflbit  beaucoup  : 

11  n'a  tenu  qu’à  moy  de  vous  manger , Gommere , 

Luy  dît  le  Loup  ingrat , & c’efl:  yof^re  falaire. 

L)  Am  un  rond  d'eau  , au  milieu  une  d aüée , on  Voit  le  Loup  ^ la  Gruê.  La  Grus 
a [on  bec  dans  ta  gueule  du  Loup  , ^ui  jette  de  Ceau  en  l*air  avec  abondance. 


44  LABYRINTE  PE  VERSAILLES, 

XXII.  FABLE. 

« 

Le  &•  les  Oifeaux. 

N Milan  feignit  de  vouloir  traiter  les  petits  Oilèaux  le  jour  de  là 
naiiïance , & les  ayant  receûs  chez  luy , les  mangea  tous. 

Le  Milan  une  fois  voulut  payer  la  fefte. 

Tous  les  petits  Oilèaux  par  luy  furent  priez  ; 

Et  comme  à bien  difner  lafliftance  eftoit prefte^ 

Il  ne  fit  qu  un  repas  de  tous  les  Conviez. 

T)  Ans  un  haf?in  oVale^  fur  un  petit  rocher , efle  Milan , qui  jette  de  T eau  en  l'air  : 
phifienrs  differents  petits  Oifeaux  autour  de  luj  forment  une  ejfece  de  gerbe. 


4^  LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

XXIII.  FABLE- 

Le  Singe 

XJn  Siiigefut  élu  Roy  par  les  Animaux,  pour  avoir  fait  rait  fingeries 
avec  la  couronne  qui  avoir  efté  apporte'e  poilr  couronner  celuy  qui  leroit 
élu.  Un  Renard  indigné  de  ce  choix , dit  au  nouveau  Roy  qu’il  vint 
prendre  un  trelbr  qu’il  avoir  trouvé.  Il  y alla , & fut  pris  à un  trebuchet 

tendu , où  le  Renard  dilbit  qu  eftoit  le  trelbr. 

Le  Singe  fut  fait  Roy  des  autres  Animaux, 

Parce  que  devant  eux  il  failbit  mille  fauts  : 

Il  donna  dans  le  piège  ainfi  qu’une  autre  Belle  , 

Et  le  Renard  luy  dît , Sire , il  faut  de  la  telle. 

U müzu  dune  ejpece  de  cabinet  de  "ï^erdure , efl  nn  baf^in  tout  entoure  de plujteurs 
dijferem  Animaux  qui  jettent  de  l'eau.  Le  Singe  au  milieu  afis  , par  oift  fe  jouer  avec 
la  couronne , & fait  un  long  jet  en  t*air.  Le.  %enard  à J on  cojlé femble  je  moquer  de  luj. 


4^ 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

XXIV.  FABLE. 

Le  ^B^nard  le  Bouc. 

XJ  N Bouc  & un  Renard  defcendirent  dans  un  puits  pour  y boire  ; la  diffi- 
culté fut  des  en  retirer.  Le  Renard  propofa  au  Bouc  defe  tenir  debout, qu’Ü 
monteroit  fur  fes  cornes, & qu’eftant  forti,il  lui  aideroit.  Quand  il  fut  dehors, 
il  le  moqua  du  Bouc , & lui  dit  : Si  tu  avois  autant  de  fens  que  de  barbe , m 
ne  lerois  pas  delcendu  là  làns  fçavoir  comment  tu  en  Ibrtirois. 


Tous  deux  au  fond  d’un  Puits  taciturnes , & mornes 
De  s affilier  l’un  l’autre  avoient  pris  le  parti  : 

Le  Renard  pour  Ibrtir  le  hauBànt  lûr  lès  cornes, 

Fit  les  cornes  au  Bouc  apres  qu’il  fut  Ibrti. 

O N -voit  un  puits  de  rocaille , duque\  il  fort  une  grojjé  nappe  d'eau.  Le  'Bouc  mon- 
tre plaifamment  la  tefîe , & femhlefe  plaindre  du  'Renard , qui  hors  du  puits  >omit 
encore  de  l eau  fur  Inj , pour  l’infulier. 


V vVl 


41  'n 


G 


XXV. 


V 


JO  LABYRINTE  de  VERSAILLES. 

X X V.  FABLE. 

Le  (j)nfeil  des  %ats, 

I_.Es  Rats  tinrent  conieil , pour  fê  garantir  d’un  Chat  qui  les  delôloit. 
L’un  d’eux  propofa  de  luy  prendre  un  grelot  au  col.  L avis  fut  loué,  mais 
la  difficulté  fut  grande  à mettre  le  grelot. 

Le  Chat  eftant  des  Rats  l’ àdverlaire  implacable. 

Pour  s’en  donner  de  garde , un  d’entr’eux  propofà 
De  luy  mettre  un  grelot  au  cou  ; nul  ne  l’ola. 

' De  quoy  1èr t un  conleil  qui  n’eft  point  pratiquable  ? 

XJtouT  (P un  petit  hafin  exagone  font  plujteurs  "^ats  apis  ^ comme  pour  tenir  con-* 
feil , qui  jettent  de  l'eau  en  l air.  Un  plus  gros  que  les  autres , au  milieu  du  bafinp 
tenant  un  grelot  en  fa  patte , forme  aupi  un  gros  jeté 

t 


% 


s%  LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

XXVI.  FABLE. 

Les  grenouilles  fupiter. 

Us  Grenouilles  demandèrent  un  jour  un  Roy  à Jupiter,  qui  leur  en- 
voya une  Poutre.  Les  Grenouilles  le  moquèrent  de  ce  Roy  immobile, 
& en  demandèrent  un  autre.  Jupiter  leur  envoya  une  Grue , qui  les  man- 
gea toutes. 

Une  Poutre  pour  Roy  faixiit  peu  de  belbgne, 

Les  Grenouilles  tout  haut  en  murmuroient  déjà  : 

Jupiter  à la  place  y mit  une  Cicogne  ; 

C fut  encore  pis , car  elle  les  mangea. 

le  derrière  e/l  la  Grue  ^ qui  tient  me  Grenouille  dam  fon  hec,  IHufteurs  Gre^ 
noüiües , fur  une  petite  foutre  de  bronze  , [emblent , en  jet  tant  de  le  au , demander  un 
autte  \oy. 


H 


L4BYRINTE  DE  VERSAILLES, 

XXVII.  FABLE. 

Le  S mjre  le  Chat. 

T 

Singe  voulant  manger  des  m’arons  qui  eftoieat  dans  le  feu , fè  fèrvît 
de  la  patte  du  Chat  pour  les  tirer. 

Du  Singe  icy  ladreffe  éclate, 

Mais  celle  du  Chat  paroift  peu, 

Quand  il  donne  à l’autre  la  pâte 
Pour  tirer  les  marons  du  feu. 

S Ur  me  coquiüe.  de  bronze  doré  portée  par  des  ejpeces  de  confoles  de  mefme  mêtml, 
parotjl  un  bra^er^duquel  ïl  fort  un  gros  jet.  Le  Singe  y erk  riant , tire  la  patte  au 
chat  y qui  femble  s* en  défendre. 


5S  L ABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

X X V I I L F A B L E. 

Le  1(enard  6>  les  'ÎRaiJïns. 

U N Renard  ne  pouvant  atteindre  aux  Raifins  d’une  treille  , dît  qu’ils 
a eftoient  pas  meurs,  & qu’il  n’en  vouloir  point. 

Les  plaifirs  couftent  cher  ; & qui  les  a tout  purs  ? 

De  gros  raifins  pendoient,  ils  eftoient  beaux  à peindre. 

Et  le  Renard  n’y  pouvant  pas  atteindre, 

Ils  ne  font  pas , dit-il , encore  meurs. 

T)' Une  treiUe  qui  entoure  me  manière  de  Grotte  rujlique  à jour  ^ il  pend  de  belles  grap^ 
pes  de  %tifin.  l^lujîeurs  gnards  ^ en  differentes  poftures , jettent  de  l'eau  ; & du 
fonds , & des  cofte^  de  cette  Grotte  il  fort  des  jets , dont  h au  forme  des  nappes  , qui 
retombent  enfuite  dans  le  baf  in, 

XXIX. 


H 


î* 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

XXIX.  FABLE. 

U Aigk , le  La  fin , l'Efcarbot. 

I-/’ Aigle  pourfuivant  un  Lapin , fut  priée  par  un  Elcarbot  de  luy  donilei: 
la  vie.  Elle  n en  voulut  rien  faire , Ôc  mangea  le  Lapin.  l Efcarbot , par 
vengeance , cafla  deux  années  de  lui  te  les  œufs  de  ï Aigle,  qui  enfin  alla 
pondre  lîir  la  robe  de  Jupiter.  i’Efcarbot  y fit  tomber  Ion  ordure.  Jupiter 
voulant  la  fecoûèr , jetta  les  œufs  de  T Aigle , & les  cafla. 

L’Aigle  prit  le  Lapin , l’Efcarbot  fon  compere 
Intercéda  pour  luy  touché  de  la  milère; 

L’Aigle  ne  laifla  pas  pourtant  de  le  manger. 

L’autre  cafla  lès  œufs,  afin  de  s’en  venger. 

L*yiigîe  eft  elevee  fur  un  petit  rocher  ^ & Vomit  de  l'eau  pardon  hec*  l^e  Lapin  5? 
lEfçarbot  en  basfçrment  deux  jetSj 


6o 


tABYRINTE  DE  VERS-AILLES. 

XXX.  FA  BLE. 


U 


Le  Loup  le  L^orc-Epic. 


^ N Loup  vouloitperfuaderàun  Porc-Epicde  fe  défaire  de  fespiquans, 

& qu  il  en  feroit  bien  plus  beau.  Je  le  croy , dît  le  Porc-Epic  • mais  ces 
piquans  fervent  à me  défendre.  y , u t le  i oic  tpic , mais  ces 


Un  jour  au  Porc-Epic  difoitle  Loup  fubtil , 
Croyez-moy , quittez-Ià  ces  piquans , ils  vous  rendent 
Desagreable,  &laid;  Dieu  m’en  garde , dit-il, 

S’ils  ne  me  parent  pas , au  moins  ils  me  défendent. 


CEft  me  manière  Je  Grotte  ruflique , on  dam  des  niches  d jour , il  y a des  <Eorcs 
Eptcs  , dont  les  ptquans  font  mgémeufement  forme^  par  Veau.  Aux  deux  coftez 
Votf  des  Loups  qm  Vomtffent  de  l'eau  dans  le  ha  fin.  ''  ^ 


OTi 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES, 


XXX  L FABLE. 

Le  Serpent  à plujïeurs  teftes. 

T\ 

X-/Eux  Serpens,  lun  à plufieurs  teftes , l’autre  à plufieurs  queues , diP 
putoient  de  leurs  avantages.  Ils  furent  pourlîiivis.  Celuy  à plufieurs  queues 
lefauva  au  travers  des  brouflailles , toutes  les  queues  lùivant  aifémentla 
tefte.  L’autre  y demeura , parce  que  les  unes  de  lès  teftes  allant  adroite , 
|es  autres  à gauche , elles  trouvèrent  des  branches  qui  les  arrefterent. 

Pluralité  de  Teftes  importune  : 

Un  Serpent  en  eût  lept , un  autre  n’en  eût  qu’une , 

Il  pafta , le  premier  eût  de  grands  embaras. 

Un  Chef  eft  ablblu , plufieurs  ne  le  font  pas. 

L E Serpent  à plufieurs  te  fies  eft  au  milieu  d'un  hapin.  (fhaque  tejle  forme  un  jet 
d'beau,  Celuy  à plufieurs  queues  plus  élevé , fait  nn  gros  jet  en  ïair. 


66 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

XXXIII.  F A B L E. 

, Le  isLAdilan  &•  1er  Colombes. 

Les  Colombes  pourfuivies  par  le  Milan,  demandèrent  fecours  à FEU 
pervier , qui  leur  fit  plus  de  mal  que  le  Milan  melme. 

Les  Colombes  en  guerre  avecque  le  Milan 
Veulent  que  FEpervier  à leur  tefte  demeure  : 

Mais  leur  condition  n en  devient  pas  meilleure  ; 

Ayant  un  adverfaire , & de  plus  un  tiran. 

^Jns  un  cabinet  de.  treillage  orné  d' Jrchitecîureyejl  un  hafin  rondy  au  milieu  duquel 
le  Milan  avec  des  Colombes  qu^il  tient  fous  fes  ferres , formé  une  efpece  de  Gerbe  tout 
autour  de  la  corniche  du  Cabinet.^  Il  y a plufieur s autres  Colombes , qui  jettent  de 
longs  traits  d'eau  dans  le  haj^in  ; & l'Efpervier  paroifl  en  Cair,  comme  pour  les  défendre. 


<58  LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

XXXIV.  FA  BLE. 

Le  T^âu^hm  c3^  le 

U N Singe  dans  un  naufrage  fauta  fiir  un  Dauphin,  qui  le  receût , le 
prenant  pour  un  homme.  Mais  luy  ayant  demandé  s’il  vifitoit  louvent 
le  Piree , qui  efl:  un  P ort  de  mer  ; 5c  le  Singe  ayant  répondu  qu’il  eftoit  de 
lès  amis , il  connut  qu’il  ne  portoit  qu’une  befte , & le  noya. 

Le  Dauphin  lur  fon  dos  portoit  le  Singe  à nage, 

' ^ Et  reconnut  au  premier  mot 

Qu’il  nefloit  pas  un  homme,  ou  que  c’eftoit  un  fot  ? 

Ainfi  ne  voulut  pas  s’eq  charger  davantage. 

■nU  milieu  d'un  bafm  quané  le  Sme  tranfî  de  peur , e!l  monté  fur  le  Dauphin . mi 
forme  un  beau  jet. 


70 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 


_ X X X V.  F A B L R 

Le  ^nard  le  Corbeau. 

TT 

N Renard  voyant  un  fromage  dans  le  bec  du  Corbeau , fè  mit  à 
louer  fon  chant.  Le  Corbeau  voulut  chanter , & laiflfa  choir  fon  froma- 
ge , que  le  Renard  mangea. 

Le  Renard  du  Corbeau  loua  tant  le  ramage. 

Et  trouva  que  la  voix  avoit  un  Ibn  li  beau, 

Qu’enfin  il  fit  chanter  le  malheureux  Corbeau 
Qui  de  Ibn  bec  ouvert  lailTa  choir  un  fromage. 

Le  Corbeau  perché  fur  des  branches  "Vomit  de  colere  de  Cau  contre  le  ^nard , ^ui 
tenant  le  fromage , Jemble , en  jettant  de  ïeau , fe  moquer  de  luj. 


74 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

XXXVII.  FA  BLE. 

Le  Loup  &■  UT elle. 

T_Tn  Loup  vopnt  une  belle  telle  chez  un  Sculpteur,  dilôit;  Elleeft 
belle  ÿ mais  le  principal  luy  manc^ue , 1 efprit  & le  jugement. 

Un  Loup  non  làns  merveille  entra  chez  un  Sculpteur, 

Il  11  y va  pas  fouvent  une  pareille  Belle  : 

Voyant  une  Statue , il  dît , La  belle  Telle  ! 

Mais  pour  de  la  cervelle  au  dedans , lèrviteur. 

■â  U milieu  d un  hdjïm  rond  le  J,ou^  tenant  une  Tejîe  de  marhre  fous  fd  patte  far^ 
me  ungrosjet  d'eau.  f / r > fin 


LABYRINTE  DE  VERS^AILLES, 

X X X V I I L F A B L E. 

Le  Serpent  le  Torc-Epic. 

XJn  Serpent  retira  dans  fa  caverne  un  Porc-Epic,  qui  s’eflantfami- 
liarifé,  fe  mit  à le  piquer.  Il  le  pria  de  fe  loger  ailleurs.  Si  je  t’incommo- 
de J dit  le  Porc-Epic , tu  peux  toy-mefme  chercher  un  autre  logement. 

Le  Serpent  trop  civil  par  une  grâce  extreliTie 
Reçoit  le  Heriffon  ',  apres  il  s’en  repent  : 

Sortez  d’icy  , dit  le  Serpent  : 

L’autre  comme  un  ingrat , Sortez  d’icy  vous-mefirie. 

lEf  orc-Epte , à [^entrée  d'un  petit  rocher  en  maniéré  de  caverne  , jette  defeau 
par  tous  les  endroits  de  jon  corps  \ ce  qui  imite  très  bien  fes  piquans  : ^ le  Serperit , 
au  milieu  dun  bajjin , fait  un  jet  d'beau. 


?8 


LABYRINTE  DE  VERSAILLES. 

XXXIX.  FABLE. 

Les  Cannes  &■  le  petit  barbet. 


Ë?  ^ «"ge-  Elles  luy 

mais  ta  n’en  as  pas  afTez  pour  nou/pîendreî 

Ce  Barbet  en  veut  à ces  Cannes, 

Mais  par  elles  il  eft  inftruit 

il  eft  parfois  des  vœux  auffi, vains  que  profanes 
' t qu  on  ne  force  pas  toujours  ce  qu  on  pourfüit. 

Ans 

tm  cabinet  ae  treillaf^e  orné  d' ÂrrDtP^  i r r 
avec  rapidité  au  milieu  dun  baffin  iettent  l*/v’  ^ » e»  tournant 
barbet,  ^ui  abope  après , enS^Jn!!^^  " ’ ^ on  entend  le  petit 

ces  mtJnes^  O»  4 vLlu  fell!mlm''m7ent^^^^  s pinhe  ^ l>agrémem  de  tm'es 

differentes  heaute^  de  VerfeL  ».  lll  " ^ = f 

««  ,„i  nà  le  Lahyrme,  ^recepx.rr,  JatUefiJe  ,„e[le  .^ue 

«owfûvmcin'mmram.  ‘ “«r^retfchtr  U memene . &dc:::h  -vec  leifa  ce  qihts 


J 

i 


TABLE 

DES  FABLES. 


AELE  T,  T E Duc  & !cs  Oifcaux.  page  z 

II.  JL-*LesCocs  & la  Perdrix  4 | 

III.  Le  Coc&  le  Renard.  6 

IV.  Le  CocÂ:  le  Diamant.  8 

V.  Le  Chat  pendu  ék  les  Rats.  to 

VI.  L’Aigle  & le  Renard.  12 

V I I.  Les  Paons  & le  Geay.  1 4 

VIII.  LeCoc& leleCoc-d’Jnde.  16 

I X.  Le  Paon  & la  Pie.  1 8 

X.  Le  Serpent  & la  Lime.  20 

X I.  Le  Singe  & fes  Petits.  22 

XII.  Le  Combat  des  Animaux.  24 

■'  XIII.  Le  Renarde  la  Grue.  26 

XIV.  La  Grue  & le  Renard  28 

X V Le  Poule  & les  Pouffins.  30 
XVI,  Le  Paon  Scie Roffignpl.  32 

/ 'X  VIL  Le  Perroquet  & le  Singe.  54 
XVIII.  Le  Singe  Juge,  36 

XIX.  Le  Rat  & la  Grenouille,  38 

XX.  Le  Lièvre  & la  Tortue.  40 

XXL  Le  Loup  & la  Grue,  42 


Fable  XXII.  Le  Milan  & les  Oifeaux.  44 
X X 1 1 1.  Le  Singe  Roy.  4e? 

XXIV.  LeRenard&le  Bouc.  48 
• XXV.  Le  Conlêüdes  Rats.  50 
XXVI.  Les  Grenouilles  & Jupiter.  5 2 
X X V 1 1.  Le  Singe  & le  Chat.  54 
XXVI II,  Le  Renard  & les  Raifins.  56 

XXIX.  L’Aigle , le  Lapin , & l’EIcar- 

bot.  5 8 

XXX,  Le  Loup  & le  Porc-Epic.  60 


XXXI.  LeSerpentà  plufieursteftes.62 
XXXII.  La  Souris , le  Chat , & le  petit 
Coc.  ^4 

XXXIII.  Le  Milan  & les  Colombes.  6(y 
XXXIV.  Le  Dauphin  & le  Singe.  <58 
XXXV,  Le  Renard  & le  Corbeau,  ya. 
XXXVI.  Le  Cigne  & la  Grue,  7 
XXX  VU.  Le  Loup  & la  Telle.  74 

XXXVIII.  Le  Serpent  & le  Porc-Epic.y^ 
XXXIX,  Les  Cannes  & le  Barbet,  78 


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